La première vague de forte chaleur particulièrement précoce du début juin nous interpelle à nouveau et peut même nous inquiéter sur notre capacité à nous réorganiser sociétalement sous des températures andalouses annoncées dans les prochaines années. Horaires de travail, rythmes scolaires, logements, urbanisation, déplacements… autant de sujets et autant de débats pour se réinventer dans un monde qui, malgré tous les efforts collectifs et internationaux, continuera à se réchauffer de nos activités industrielles passées. Il faut, en effet, plusieurs dizaines d’années pour que nos rejets se résorbent naturellement dans l’espace avant de perdre leur pouvoir réchauffant ! Sans réaction globale et intense nos émissions de gaz à effet de serre d’aujourd’hui se cumuleront à celles d’hier et s’additionneront demain à celles des pays émergents, aspirant légitimement à nos standards de confort et de consommation.
Cette prise de conscience est partagée par la communauté internationale lors des réunions annuelles (COP n°31 cette année) sur le dérèglement climatique, rassemblant la presque totalité des 191 pays qui composent le monde pour tenter de construire, non sans mal, une réponse globale à l’enjeu humanitaire. Les atermoiements protectionnistes des uns et des autres mesurent toutefois toutes les difficultés à donner la primauté au collectif sur les égoïsmes nationaux. Préserver l’atmosphère comme bien public sans frontière n’a rien d’une sinécure, encore moins d’une messe œcuménique, à l’international comme au local !
En tant que pays industrialisé, nous ne portons pas la plus grande responsabilité du dérèglement climatique. Le choix judicieux du nucléaire depuis les années soixante pour produire 80% de notre électricité a minimisé nos émissions de gaz à effet de serre (GES). Nous avons toutefois pris soin de fermer en métropole la totalité de nos mines d’uranium… Mieux vaut extraire et irradier des sols de l’autre coté de la terre ! Loin des yeux, loin des émotions écologiques ! Quant aux déchets radioactifs ultimes, oubliés… dans les entrailles de la terre ! Finalement, le nucléaire nous est devenu acceptable parce que tout de même plus propre que le reste et ce, malgré les risques d’irradiations et de contaminations accidentelles.
Les acteurs des grandes manifestations antinucléaires des années soixante-dix doivent tomber de leur fauteuil ou bien se retourner dans leur tombe ; aujourd’hui, leurs petits enfants « spirituels » se dressent contre l’énergie solaire sur des considérations esthétiques de peur que le touriste provençal s’en trouve effarouché !
Soyons juste, un champ photovoltaïque n’entre pas vraiment dans les canons de la beauté académique mais c’est tout de même plus facile à végétaliser qu’une centrale nucléaire ou une éolienne.
Le parc solaire que nous avons inscrit dans le Plan Local d’Urbanisme Robionnais en 2017 représenterait 1% de la surface agricole de Robion pour une surface de panneaux solaires grande comme cinq stades de foot. La production électrique annuelle correspondrait à la consommation de 7000 personnes sans empêcher l’activité pastorale et agricole.
Sommes-nous prêts à concéder un peu de notre confort visuel pour contribuer à une empreinte carbone neutre à l’horizon 2050 ? Ou bien userons nous de toutes les arguties pour ne pas faire, plus tard, plus loin, ou mieux… chez les autres ! Sauf que les autres, les communes voisines, seront elles aussi tenues de faire leur part d’effort, toutes liées par un Pacte Climat Air Energie Territorial axé sur la solarisation de nos énergies, signé à l’unanimité. Tout comme a été voté à l’unanimité du conseil municipal, majorité et opposition de Robion en 2023 le projet solaire qui fait débat aujourd’hui !
Se défaire du schéma nucléaire civil pour nos besoins électriques prendra du temps et nécessitera encore des progrès techniques, notamment sur le stockage des énergies vertes.
Par contre, sortir rapidement de notre ultra dépendance aux énergies fossiles et des incertitudes géopolitiques est à notre portée. Ne négligeons pas nos efforts individuels déjà entrepris comme les panneaux sur nos toitures privées et publiques, l’isolation de nos maisons et des bâtiments publics, nos déplacements cyclistes, le tri sélectif, le compostage… Mais, aussi utiles et vertueuses soient-elles, toutes ces actions cumulées, amplifiées n’effaceront qu’une partie de nos besoins actuels et prochains. L’augmentation du parc des véhicules électriques ajouté à la construction de Data centers sur notre territoire liés au numérique et à l’essor de l’Intelligence Artificielle seront exponentiellement énergivores. Notre stockage de données numériques est pour partie réalisé aux Etats Unis ! Ce qui pose un vrai problème de souveraineté numérique… et politique.
En vue « dézoomée », le parc solaire de Robion est dénoncé comme une goutte d’eau par les fatalistes et les pessimistes, vu par les optimistes et les combatifs, c’est une pierre que l’on pose à l’édifice d’une responsabilité écologique transfrontalière. Sur avis du commissaire enquêteur, Monsieur le Préfet de Vaucluse signera dans quelques mois le permis du parc photovoltaïque… ou pas !
L’industrie du solaire est prometteuse, ne rejetons pas le progrès au prétexte qu’il n’est pas parfait, l’imparfait étant par ailleurs le meilleur moteur du progrès et, continuons les actions constructives. La toiture de la maternelle sera à son tour couverte de panneaux solaires cet été, la rénovation prochaine de l’avenue du Luberon intégrera elle aussi des luminaires solaires, c’est encore un véhicule électrique qui remplacera un camion municipal, autant de petites pierres pour bâtir un avenir plus sain, plus propre.
L’entreprise internationale « Fonroche Lighting » leader des énergies renouvelables basée à Agen nous accueillera dans ses locaux aux vacances de la Toussaint avec les jeunes du Club Ados. Nous y découvrirons le monde de l’innovation et de la recherche en marche vers la transition écologique.
D’ici là, bel été sous le soleil, enfin pas trop tout de même, vous l’aurez compris, c’est un sujet brûlant !
Patrick SINTES
Maire
Mairie de robion – Place Clément Gros – 84440 Robion
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